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Session de l’Assemblée parlementaire : 4 au 8 octobre 2010

Intervention de Hayrünnisa GÜL, Marraine de la campagne « L’éducation lève les obstacles » en Turquie

7 octobre 2010

(Extrait du compte rendu des débats)

Mme GÜL, marraine de la campagne « L’éducation lève les obstacles » en Turquie*– C’est pour moi un grand honneur de m’exprimer aujourd’hui dans cette Assemblée, véritable école de la démocratie et des droits de l’homme. Je vous remercie tous pour cette invitation.

Je connais très bien le travail de l’Assemblée puisque pendant près de dix ans, dans les années 1990, mon époux a siégé parmi vous, s’efforçant de servir au mieux les principes du Conseil de l'Europe. Je l’accompagnais souvent et je participais aux activités sociales et culturelles des diverses commissions. C’est avec fierté que nous nous rappelons de ces années passées ici.

Malheureusement, il reste encore beaucoup à faire dans le domaine des droits de l’homme au service des femmes et des enfants. La discrimination à l’égard des femmes, leur vulnérabilité, le faible taux de scolarisation des filles, restent très problématiques dans le monde et font partie des Objectifs du Millénaire pour le développement des Nations Unies. Nous sommes tous conscients du fait que les femmes, les enfants et les handicapés, en tant que groupes vulnérables, se situent au cœur des missions du Conseil de l'Europe. Le fait que la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, adoptée il y a maintenant vingt ans, soit aujourd’hui l’un des textes les plus largement ratifiés montre la volonté des pays du monde entier de s’engager en faveur des droits des enfants. Pourtant, malgré les efforts accomplis, les enfants continuent de mourir de maladies qu’il serait possible de prévenir : la pneumonie, le paludisme, la rougeole, sans parler de la malnutrition.

Nombreux sont les enfants dans le monde qui ne peuvent fréquenter l’école, tandis que d’autres souffrent de problèmes tels que la violence, les mauvais traitements, l’exploitation, la discrimination ou la négligence. Il est essentiel d’attacher une importance toute particulière au droit des filles, qui courent davantage de risques d’être exposés à ces problèmes. Les enfants qui ne fréquentent pas l’école sont le plus souvent des filles et, dans de nombreuses régions, elles n’ont même pas accès aux services de santé les plus élémentaires.

Les enfants souffrant de handicaps constituent un groupe d’enfants particulièrement défavorisé. Le pourcentage de ces enfants au sein de la société est souvent plus élevé que nous ne le pensons, car nous ne les voyons pas. Certes, les enfants souffrant de handicaps sont moins isolés que par le passé, mais nous savons que dans bien des pays, ils restent confinés chez eux.

Lorsque le niveau de vie s’améliore dans un pays, on ne songe jamais aux besoins des personnes handicapées. C’est une grande source de souffrance et d’inégalités pour elles. N’oublions pas que les enfants handicapés n’ont pas choisi leur sort. D’ailleurs, le handicap peut frapper n’importe lequel d’entre nous, à n’importe quel moment.

M. Hammarberg, le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l'Europe, a estimé qu’il s’agissait en définitive d’une question morale. Une société qui accorde la priorité aux plus vulnérables de ses membres et à leurs droits est une société juste. Il faut protéger les enfants handicapés et leurs parents en ne les abandonnant pas à leur sort. On doit offrir des possibilités d’éducation à ces enfants afin qu’ils puissent devenir des citoyens de plein droit et des adultes actifs. Nous savons que c’est possible. Certains pays membres du Conseil de l'Europe y sont déjà parvenus. Mais il est vrai qu’il reste encore beaucoup à faire dans certaines régions du monde.

Les gouvernements doivent prendre les mesures juridiques et administratives nécessaires pour mettre en œuvre toutes les recommandations inscrites dans les traités internationaux sur les droits des enfants et sur les droits des personnes handicapées.

Nous devons aussi en appeler à tous les secteurs de la société pour qu’ils renforcent leur appui et contribuent davantage à ces tâches.

Nous devons insister sur le pouvoir de la société civile, et sur les capacités de mobilisation de l’opinion publique. Il ne faut pas tout attendre des pouvoirs publics. Nous devons faire mieux comprendre la manière dont l’éducation permet de surmonter les obstacles et redoubler d’efforts dans ce domaine. Ce n’est qu’ainsi que l’opinion publique sera pleinement informée et pourra se saisir de cette question.

Enfin, nous devons faire comprendre aux familles qui ont des enfants handicapés et à leurs proches qu’il ne faut pas les isoler à la maison ou être gêné de leur présence, pour ne pas mettre sur leur route un obstacle supplémentaire. Nous devons démontrer à ces parents qu’avec le droit à une éducation de qualité, leurs enfants peuvent réussir aussi bien que leurs camarades, dans les domaines où ils ont des talents particuliers.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, je crois à la valeur de l’éducation pour tous, en particulier pour les enfants. Je suis convaincue de la valeur de l’égalité de traitement, du respect et de l’affection pour ces enfants. C’est la raison pour laquelle je me suis consacrée à des projets de responsabilité sociale en mettant à profit les possibilités qui me sont offertes en tant qu’épouse du président de mon pays. L’un de ces projets est le projet « L’éducation lève les obstacles », dont j’aimerais vous dire quelques mots.

Parallèlement aux progrès accomplis récemment en Turquie sur le plan social, économique et culturel, nous avons fait de grands pas en avant en ce qui concerne les droits de l’homme et, en particulier, les droits des groupes défavorisés : les femmes, les enfants et les handicapés.

Les possibilités offertes par l’Etat aux citoyens touchés par le handicap ont été réexaminées. Nous avons également révisé le cadre institutionnel des diverses prestations. Dans le nouveau système de sécurité sociale, des fonds spéciaux sont consacrés au programme pour les personnes handicapées. Les services fournis par l’Etat, les collectivités locales et les associations ont aussi été améliorés.

Le processus d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne a contribué à améliorer ces efforts, de même que la vision démocratique qui tend à élargir et à approfondir la portée des droits fondamentaux en Turquie. Les amendements apportés récemment à la Constitution impliquent le droit à la discrimination positive pour un certain nombre de groupes vulnérables, comme les enfants, les personnes âgées, les handicapés, de façon à permettre à tous d’exercer pleinement leurs droits et leurs libertés fondamentaux.

Mesdames et Messieurs les membres de l’Assemblée, il est indispensable de faire en sorte que les personnes handicapées et leurs familles, mais aussi les enseignants, les collectivités locales, la société dans son ensemble soient pleinement conscients du fait que les enfants touchés par le handicap peuvent être éduqués et devenir actifs dans tous les secteurs de la vie sociale.

C’est dans cet esprit que nous avons lancé le programme « L’éducation lève les obstacles ». La réunion inaugurale de ce projet réalisé en coopération avec l’Etat, la société civile et qui bénéficie du concours de volontaires dans diverses communautés – artistes, sportifs, milieux d’affaires et médias – a eu lieu au palais présidentiel, en avril 2009. Notre objectif est de faire prendre conscience à l’opinion publique du fait que des enfants handicapés peuvent parfaitement bénéficier de l’éducation avec les autres enfants, dans le même milieu, dans les mêmes écoles. Dans ce système que nous appelons l’éducation inclusive, les enfants apprennent à s’accepter tels qu’ils sont, ils apprennent la tolérance, ils apprennent à vivre ensemble malgré leurs différences.

Vous le savez, l’un des principaux problèmes auxquels l’humanité est aujourd’hui confrontée est la discrimination. Je considère que le système d’éducation inclusive a un très grand rôle à jouer dans la lutte contre la discrimination et la promotion des principes démocratiques. Dans le cadre du programme « L’éducation lève les obstacles », les 81 gouverneurs que compte la Turquie se sont rendus dans des foyers où vivent des enfants handicapés pour informer les familles des mesures d’appui proposées par l’Etat. Nous avons expliqué aux familles qu’elles ne protégeaient pas leurs enfants en les gardant à la maison, car ce serait leur dénier la possibilité d’acquérir une autonomie.

En un an à peine, ces visites ont touché 24 000 familles dans le pays. A Diyarbakir, par exemple, le gouverneur et son personnel ont rendu visite à plus de 400 familles en l’espace d’un an et ont persuadé l’ensemble de ces familles d’envoyer leurs enfants à l’école. Nous avons, en outre, organisé des séminaires dans plus de 2 000 écoles pour sensibiliser le personnel enseignant à cette question. Je constate donc avec plaisir une large prise de conscience dans le domaine de l’éducation des enfants handicapés grâce au programme « L’éducation lève les obstacles ».

Mais la prise la prise de conscience et la sensibilisation ne suffisent pas. Il faut encore disposer des infrastructures matérielles et du cadre social capables de répondre aux besoins des handicapés. C’est un autre pilier de notre projet. Ainsi, je suis heureuse de vous annoncer que 877 salles de classe spécialisées ont été ouvertes et 14 écoles spécialisées construites en un an. Nous sommes également très fiers du fait que la plupart de ces salles de classe et de ces écoles ont été construites grâce à l’aide de bienfaiteurs dans notre pays. Ce projet a déjà eu des effets très positifs puisque le nombre des enfants handicapés qui reçoivent une éducation dans notre pays s’est accru de près de 30 % en un an.

Certes, ces chiffres démontrent le succès du projet, mais je tiens à souligner que, pour moi, transformer l’existence ne serait-ce que d’une seule personne souffrant de handicap, lui offrir la possibilité de mener une vie dans l’honneur, dans le bonheur, est plus précieux que tout.

Mesdames et Messieurs, les personnes nées avec un handicap ou touchées par le handicap au cours de leur vie ont autant de chances de réussite que les autres. Quel meilleur exemple à cet égard que Lokman Ayva, dont vous venez d’entendre la présentation du rapport. Les efforts déployés par M. Ayva pour renforcer le respect des droits des handicapés méritent les plus vifs éloges et je tiens à le remercier de nouveau, au nom des personnes souffrant de handicaps dans mon pays. Les personnes handicapées peuvent parfaitement exprimer leur potentiel et contribuer au développement et au patrimoine culturel de la société, à condition qu’on leur donne la chance d’accéder à une meilleure éducation. C’est de cette manière que nous ferons de notre monde un endroit permettant à l’ensemble de l’humanité de vivre de manière plus satisfaisante.

C’est la raison pour laquelle j’aimerais lancer un appel à tous les pays européens pour que soient mises en œuvre les mesures évoquées par le rapporteur. Cela permettra à tous les enfants handicapés de bénéficier d’une éducation en compagnie de leurs camarades épargnés par le handicap. Je considère, en outre, que le Plan d’actions 2006-2015 du Conseil de l’Europe pour les personnes handicapées est indispensable pour préserver le droit à leur éducation. Il devrait être mis en œuvre dans l’ensemble des pays membres du Conseil de l’Europe.

La lutte contre la discrimination, y compris la discrimination à l’égard des personnes handicapées, devrait être la priorité de tous. C’est la seule manière de faire en sorte que les valeurs fondamentales des droits de l’homme, de la démocratie et du principe de la primauté du droit l’emportent dans notre maison européenne commune et dans l’ensemble du monde.

Permettez-moi, en guise de conclusion, de remercier le Président de l’Assemblée, M. Çavuşoğlu, pour son invitation à m’exprimer aujourd’hui devant vous. Je remercie également la commission des questions sociales, de la santé et de la famille ainsi que vous, Mesdames et Messieurs les parlementaires, pour votre attention.