Web Content Display

Discours prononcé par M. Roland Ries, Maire de Strasbourg, à l'occasion de l'ouverture de l'Université d'Eté de la Démocratie, Strasbourg, 27 juin 2011

La semaine qui s’ouvre aujourd’hui à Strasbourg constitue à elle seule une leçon « éloquente » au sens récent de ce terme, celui de « caractère probant de ce qui n’a pas besoin de discours ». Jugez-en par vous-même :

• Sixième édition de l’Université d’été de la démocratie, organisée par le Conseil de l’Europe pour son réseau d’écoles d’études politiques, sur le thème Ethique et Politique;

• Neuvième rencontre du « Club de Strasbourg » qui s’inscrit dans l’actualité brûlante de cette année 2011 en conviant les villes de Kairouan en Tunisie et de Fès au Maroc en tant qu’observateurs ;

• Colloque international consacrée à la thématique "éthique, transparence et politique".

Comment mieux prendre la mesure de la vocation européenne de Strasbourg, ville de débats et d’échanges, carrefour de l’Europe, phare de la démocratie et des droits de l’homme ? Les manifestations organisées en l’espace d’une seule semaine à Strasbourg parlent en effet d’elles-mêmes.

Je vais cependant me prêter volontiers à l’exercice du discours, avant tout pour vous dire l’immense plaisir qui est le mien de vous accueillir dans notre belle ville et pour vous y souhaiter très chaleureusement la bienvenue.

Je me prête aussi à cet exercice car je tiens à m’adresser à vous, qui venez de la « nouvelle Europe », pour vous dire avec force la place incontournable qui est celle de Strasbourg, car sa vocation est « une et indivisible » ; siège de différentes institutions européennes, au premier rang desquelles le Conseil de l’Europe, mais aussi siège officiel de la seule assemblée parlementaire européenne directement élue par les citoyens, le Parlement européen. Votre présence à Strasbourg est une occasion unique de sentir palpiter le cœur de Strasbourg, de vous imprégner de la ville et surtout de vous saisir du symbole qu’elle représente ; celui de la réconciliation au lendemain d’une guerre criminelle et barbare ; et aujourd’hui, celui de la construction européenne en marche.

Vous êtes également présents dans cette enceinte pour cette édition 2011, car les jalons de ce rendez-vous désormais inscrit dans le calendrier européen, ont été posés par vos prédécesseurs. Cinq éditions de l’Université d’été de la démocratie se sont en effet d’ores et déjà tenues. Pour la sixième année consécutive, vous êtes des centaines de jeunes, acteurs du monde de demain, jeunes responsables des secteurs publics de la « nouvelle Europe », à vous rassembler ici pour échanger et tenter d’apporter des réponses aux défis de notre temps.

Parmi les raisons du succès croissant de ce rendez-vous, il y a votre enthousiasme bien sûr, mais il y a aussi la volonté partagée de la Ville de Strasbourg et du Conseil de l’Europe, d’œuvrer ensemble à la promotion des valeurs communes que nous portons. Nous avons d’ailleurs formalisé ces liens dans un accord de partenariat, signé le 7 mai dernier, qui souligne toute l’importance des actions conjointes. Les exemples de cette coopération sont nombreux, mais je ne voudrais pas abuser de mon temps de parole, et citer simplement pour exemple les Dialogues de Strasbourg, qui permettent d’ouvrir la Ville sur le Conseil et d’ouvrir le Conseil sur la Ville en offrant à l’ensemble des Strasbourgeois la possibilité de rencontrer de grandes personnalités. Je peux vous assurer que l’alchimie est parfaite et le succès au rendez-vous : Mikaïl Gorbatchev, Robert Badinter, Stéphane Hessel et d’autres… ont été invités à ces Dialogues.

Ainsi, l’Université d’été de la démocratie trouve à Strasbourg un cadre naturel d’accueil et Strasbourg trouve à l’Université d’été des atouts qui lui siéent et qu’elle revendique, parmi lesquels la place essentielle que vous accordez à la réflexion et à l’échange sur l’Europe de demain. Pour mettre à jour les liens et les tensions entre éthique et politique, qui seront au cœur de vos débats et pour ne pas prendre le risque de la « pensée unique », il est indispensable de confronter différentes cultures politiques, pensées dans des langues différentes et appréhendées avec des outils intellectuels propres à chacun. C’est ce que vous allez faire durant ces quelques jours. C’est en rapprochant nos idées de celles des autres que nous découvrons souvent nos propres spécificités. Comment ne pas citer sur ce sujet, Hannah Arendt, philosophe de l’éthique et de la politique ? « Pour être confirmé dans mon identité, je dépends entièrement des autres. » nous dit-elle. Sans doute aurez-vous l’occasion d’expérimenter ce propos durant vos échanges.

Je le disais en introduction, simultanément à vos travaux se tient la neuvième rencontre du Club de Strasbourg, dont les représentants se trouvent avec nous en ce moment dans cette enceinte. Je voudrais donc les saluer à leur tour, leur souhaiter la bienvenue à Strasbourg et plein succès pour les travaux qu’ils mèneront sur le thème « Restaurer le lien de confiance entre citoyens et élus : quelles actions locales, pour quel impact européen ? ».

Comment rapprocher les citoyens et les élus, faire vivre l’Europe au niveau local, au plus près de chaque citoyen européen, quelle que soit sa nationalité d’origine ? Voici quelques-uns des défis à relever ensemble, comme nous le faisons avec l’Union européenne par exemple, qui peut apporter un soutien précieux avec son programme communautaire « Europe pour les citoyens ».

Cette rencontre du Club de Strasbourg est surtout l’occasion de porter un regard sur les nouveaux visages que prend cette démocratie à laquelle nous sommes tant attachés. Depuis plusieurs mois maintenant, le processus de transition démocratique en cours dans les pays arabes, est bien évidemment au centre de nos pensées et au cœur de nos réflexions. Quelles nouvelles formes vont prendre les institutions démocratiques dans ces pays ? Celles-ci vont-elles être conformes aux vœux de leurs citoyens, et comment ces derniers appréhendent-ils ces nouveaux espaces de liberté ? Le Club de Strasbourg a la chance, cette année, d’avoir des représentants des villes de Kairouan en Tunisie et de Fès au Maroc, qui, bien qu’observateurs, nous feront part de leur propre perception. Je leur souhaite également très chaleureusement la bienvenue parmi nous. Mais les représentants de la Ville de Fès sont déjà chez eux à Strasbourg, car la coopération qui lie nos deux villes, fête cette année ses 12 printemps… Nous nous connaissons bien…

Ainsi, je suis convaincu que les travaux de l’Université d’été et ceux du Club de Strasbourg seront féconds et qu’ils s’enrichiront mutuellement.

Il en sera de même avec le colloque international sur « la transparence et l’éthique publique », qui suivra immédiatement l’Université d’été. Pour preuve de cette jonction et de la cohérence entre ces deux manifestations, la clôture de l’Université d’été mercredi soir, servira également de séance d’introduction au colloque qui se tiendra à partir de jeudi.

Co-organisé par la Ville de Strasbourg et le Conseil de l’Europe mais aussi avec la Communauté urbaine de Strasbourg, l’Université de Pau et le Centre National de la Fonction Publique Territoriale, ce Colloque abordera la transparence sous l’angle des différents niveaux de la vie publique auxquels elle doit s’appliquer et essentiellement au niveau local.

Cette question est d’autant plus aiguë, à l’heure où le taux de plus en plus élevé d’absentions à de nombreuses élections apporte la preuve de la défiance qui s’installe envers le monde politique. Notre responsabilité d’élus locaux est engagée. Et pour renouer le lien de confiance, il nous faut d’abord et avant tout faire preuve de pédagogie.

C’est pourquoi, les interrogations des sociétés démocratiques, la propagation particulièrement rapide de l’étincelle des révolutions arabes et les questions qu’elles nous posent sur la démocratie, ont conduit la Ville de Strasbourg et le Conseil de l’Europe, à concevoir le projet de Forum mondial de la démocratie de Strasbourg dont la première édition aura lieu en 2012 et dont cette semaine est la préfiguration. Nous mènerons ce projet ensemble, avec vous, les écoles d’études politiques, mais aussi en lien avec le Parlement européen, les autres collectivités territoriales, l’Université de Strasbourg, l’ENA, l’Etat français, l’ONU et d’autres encore. Il associera également des parlementaires nationaux et européens, des responsables gouvernementaux, des élus locaux, des fonctionnaires, des universitaires, des penseurs, des représentants de la société civile et des médias.

Il est appelé à devenir un rendez-vous annuel de référence sur les défis de la démocratie dans le monde, au même titre que le Forum économique mondial de Davos ou le Forum social mondial de Porto Alegre.

Afin de clore mon intervention, permettez-moi de rapporter le propos du Secrétaire Général de l’ONU, M. Ban Ki Moon. A l’occasion de sa venue à Strasbourg en octobre dernier et en réponse à mon invitation à ce Forum, il faisait cette prévision que je vous laisse méditer :

« La capitale démocratique de l’Europe qui a contribué à changer le cours de l’Histoire, a toujours le pouvoir de changer le cours du monde. »

Je vous remercie.