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Rencontre 2011

 

Discours d’ouverture de Monsieur le Ministre des Affaires étrangères du Luxembourg

 

Jean Asselborn

 

28 novembre 2011

 
 
 
 
(Seul le discours prononcé fait foi)
 
 
Monsieur le Secrétaire Général,
Monsieur le Président du Congrès,
Messieurs les invités d’honneur,
Messieurs les co-présidents,
Mesdames Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames Messieurs les participants à la rencontre,
 
Au nom du Gouvernement luxembourgeois, je vous souhaite une cordiale bienvenue à l’occasion de la Rencontre 2011 du Conseil de l’Europe sur la dimension religieuse du dialogue interculturel. C’est à la fois un honneur et un plaisir de pouvoir vous recevoir à Luxembourg dans les murs historiques de cette ancienne abbaye de Neumünster, reconvertie en centre vivant de rencontre.
 
Qui dit rencontre, dit se retrouver pour « être ensemble ». Au Luxembourg nous croyons profondément aux  vertus du dialogue interculturel et à l’action du Conseil de l’Europe, organisateur conjointement avec le Ministère des Affaires étrangères luxembourgeois de cette réunion.
 
Mesdames et Messieurs,
 
J’ai eu l’occasion de participer personnellement à la première réunion de l’Alliance des Civilisations, qui a été, comme vous le savez sans doute, fondée par les Nations Unies. J’admire vraiment le travail de Georges Sampaio, l’ancien Président portugais, qui s’investit beaucoup dans ce travail.
 
Personnellement, j’ai participé aux réunions de Madrid, d’Istanbul, de Rio et en quelques jours je vais aussi participer à la réunion qui aura lieu à Doha. Donc je pense, quant à la substance, que la co-existence des cultures, la co-existence des religions, la co-existence des civilisations est une pierre angulaire de ce que sera ou ne sera pas le 21ème siècle.
 
Le 21ème siècle risque d’éclater comme le 20ème siècle a éclaté, si nous n’arrivons pas à avoir une meilleure compréhension entre les différentes cultures, et surtout, si je peux dire ainsi, de la culture européenne – je dois faire attention à ce que je dis – et la culture du monde musulman.
 
J’espère que, et nous sommes conscients, en tout cas en tant que ministres des Affaires étrangères européens, que là nous devons faire un effort tous les jours, pour que cette compréhension, ce vivre ensemble, comme vous le dites ici très bien, soit respectée.
 
Le dialogue interculturel et plus particulièrement sa dimension religieuse mais aussi philosophique et laïque peut être un outil puissant pour tous ceux qui ont la volonté de faire progresser notre Europe, la grande Europe sur le chemin semé d’embûches d’un véritable « Vivre ensemble ». Nous vivons dans un monde globalisé, interdépendant où les frontières physiques sont devenues poreuses, là où elles n’ont pas entièrement disparues. C’est une réalité voulue ou subie ou alors les deux. L’intolérance, voire l’extrémisme  sont en marche tantôt de manière insidieuse tantôt de façon violente comme en témoignent les tragiques événements en Norvège cet été et les récentes révélations de crimes de xénophobie chez nos voisins allemands. La cohésion de nos sociétés est en péril. Il faut réagir et la réaction ne peut pas être simplement répressive mais doit aussi être préventive. Contrecarrer les forces centrifuges dans nos sociétés serait grandement facilité s’il y avait accord et consensus sur certaines valeurs fondamentales communes à nous tous. Le Conseil de l’Europe est le gardien et le garant de ces valeurs.
 
Nos sociétés sont aujourd’hui multiculturelles : encore faudrait-il pleinement tirer profit de cette richesse. Le Livre Blanc du Conseil de l’Europe de 2008 sur le dialogue interculturel sur le thème « Vivre ensemble dans l’égale dignité, », constitue une référence européenne en même temps qu’une boite à outils dont il faudrait davantage se servir. Votre rencontre et celles qui, depuis 2008, l’ont précédée s’inscrivent dans ce processus car elles offrent un cadre de rencontre dédié au dialogue, à la réflexion et à l’analyse de fond. Cette approche est plus prometteuse de solutions dans la durée. Le moment me semble d’ailleurs opportun de réfléchir à créer sous l’égide du Conseil de l’Europe une plate-forme dynamique animant un réseau d’échanges et d’interactions réguliers.  
 
Nous sommes au Luxembourg d’autant plus sensibles au défi de maintenir la cohésion de nos sociétés que vous vous retrouvez aujourd’hui dans un pays où la coexistence paisible entre nationalités, cultures et races différentes est entrée depuis longtemps dans les mœurs. Un pays où le pluriculturalisme se vit au jour le jour. Sachez que plus de 170 nationalités se côtoient ici. Le jour vous croiserez plus d’étrangers que d’autochtones. La culture du « Vivre ensemble » revêt ici tout son sens.
 
Vos débats porteront notamment sur la contribution que peuvent apporter les médias, les religions et les convictions laïques. Ce sont là des vecteurs de toute première importance qui peuvent agir pour le meilleur et pour le pire. La liberté d’expression dont fait partie la liberté des médias est une liberté fondamentale. Sans elle comme l’a dit l’ancien président de la Cour européenne des Droits de l’Homme, Jean-Paul Costa, toutes les autres libertés restent fragiles. Liberté des médias et diversité culturelle, religieuse et non religieuse, peuvent parfaitement cohabiter à condition que les deux s’inscrivent dans un cadre légal démocratiquement établi et qu’il y ait respect mutuel de l’opinion des uns et de la sensibilité des autres. En fait, l’acceptation de l’autre et du bon sens mutuel. L’éducation et l’enseignement y tiennent un rôle fondamental. Vos rencontres antérieures se sont penchées sur cet aspect et je constate avec satisfaction que, cette fois-ci également, l’éducation sous l’angle de vue spécifique des médias, religions et convictions laïques, aura sa place dans vos discussions, de même que la place des femmes religieuses dans les médias.
 
 
Que vos travaux se déroulent dans un esprit de sérénité et que vos débats soient porteurs d’un message d’unité dans le respect du pluralisme. Que chacun d’entre vous puisse s’inspirer de vos débats et des orientations qui s’en dégageront et les relayer, dans sa propre sphère, pour devenir ainsi un multiplicateur d’impact. Voilà mon vœu et mon attente !
 
Mesdames, Messieurs,
 
Je vous remercie.