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Discours de Maud de Boer-Buquicchio,

Secrétaire Générale Adjointe du Conseil de l’Europe

Ouverture de la Conférence inaugurale du Professeur Israël Nisand

«Se reproduire ou produire de l’humain»

 

(Aubette, Place Kléber, Lundi 30 janvier, 18h00) 

Embargo jusqu’au prononcé / seul le prononcé fait foi

 

Monsieur le Ministre,

Monsieur le Sénateur Maire,

Madame le Recteur,

Mesdames et Messieurs les Présidents,

Monsieur le Professeur Nisand,

Mesdames et Messieurs,

 

Dans son livre « Pensées échevelées », le poète polonais Stanislaw Jerzy Lec a écrit :

« Ah, si la plus haute dignité de l’Etat, était la dignité humaine ! »

 

En effet, si tel était le cas, je suis sûre que les droits de l’homme, la démocratie et l’Etat de droit se trouveraient à la tête de son cabinet.

Mais ce qui est certain, c’est que, pour le Conseil de l’Europe, la dignité humaine est la plus haute des dignités. Nos Etats membres sont convaincus de la nécessité de respecter l'être humain à la fois comme individu et dans son appartenance à l'espèce humaine et reconnaissent l'importance d'assurer sa dignité. C’est pourquoi nous encourageons et participons à tous les débats sur les défis posés par les applications de la technologie, la biologie et de la médecine.

Tout au long de cette semaine, vous aborderez des questions qui touchent à l’être humain et à la protection de sa dignité et qui concernent le type de société dans laquelle nous souhaitons vivre, et j’en cite quelques-unes :

 - Quel statut pour l’embryon et le fœtus humains ? Les parents doivent-ils avoir le droit de choisir le sexe de leurs enfants, et de préférer par exemple les garçons aux filles ? Et quelle est la place dans une famille, dans la société, pour le handicap, pour la différence ?  

Ce sont là des questions complexes, sur lesquelles il y aura nécessairement des points de vue divergents.

Sur nombre de ces questions, notre réflexion doit être guidée par certains grands principes figurant dans la Convention du Conseil de l’Europe sur les Droits de l’Homme et la biomédecine, que la France vient de ratifier le 13 décembre dernier.  La Convention affirme notamment que l’intérêt et le bien-être de l’être humain doivent prévaloir sur le seul intérêt de la société ou de la science. Elle interdit toute discrimination. Elle établit, avec ses protocoles additionnels, un cadre de protection des personnes dans le domaine biomédical. D’autres textes du Conseil de l’Europe ainsi que des actions menées au plan européen visent à la protection des droits de l’enfant et de ceux des personnes handicapées.

Sur des questions qui touchent à l’embryon et au fœtus, la réflexion au niveau européen se poursuit, même s’il n’a pas été possible jusqu’à présent de dégager dans ce domaine un consensus parmi les 47 Etats membres.

Mesdames, Messieurs,

L’Europe doit être aussi le continent de la démocratie. Une démocratie qui se nourrit d’informations objectives, d’espaces de réflexion ouverts à la pluralité d’idées, de débats publics et de participations citoyennes.  Ce Forum est une expression de la démocratie proche des citoyens : il ouvre un espace pour un débat de société. Un débat qui se doit d’être mené en toute indépendance, sans a priori, et dans la pluralité des avis, sur les enjeux pour l’homme de ces évolutions scientifiques et techniques dans le domaine biomédical. Le parrainage de ce Forum par le Conseil de l’Europe ainsi que ma participation à cette séance inaugurale témoignent de l’engagement de l’Organisation que je représente à soutenir cette réflexion sur des questions qui concernent l’ensemble des citoyens, quels que soient leur âge ou leurs origines.

Je souhaite à cette occasion féliciter mon ami le Professeur Israël Nisand d’en avoir pris l’initiative, et d’avoir eu la volonté, le courage et la ténacité nécessaires pour mener à bien ce projet avec son équipe dynamique. La très grande qualité et la diversité des intervenants augurent d’échanges intéressants que la participation active du public rendra, j’en suis certaine, encore plus passionnants.

Je vous laisse maintenant à vos réflexions en citant à nouveau Stanislaw Jerzy Lec qui a également écrit : « Il faut parfois se taire pour se faire entendre».

 

Merci pour votre attention.